Années 1920–1930 : quand la baie d’Halong est entrée pour la première fois sur la carte du monde
Il fut un temps où la baie d’Halong n’était pas encore une destination mondiale, mais occupait déjà discrètement une place dans l’imaginaire des voyageurs. Au cours des premières décennies du XXe siècle, pendant la période coloniale française, la baie a commencé à apparaître dans des documents de voyage, des cartes postales et des publications touristiques diffusés à travers l’Indochine. Il ne s’agissait pas de simples mentions occasionnelles, mais d’efforts structurés visant à présenter la baie d’Halong aux côtés d’autres grandes destinations de la région, telles qu’Angkor ou Hué, en la positionnant comme un lieu à la fois de beauté naturelle et de fascination culturelle.
Dans les années 1920 et 1930, le tourisme dans la baie avait déjà pris une forme relativement organisée. L’un des opérateurs les plus remarquables de l’époque était la compagnie P. Roque, basée à Hòn Gai, qui exploitait une flotte de navires à vapeur conçus pour de longs voyages à travers la baie. Ces bâtiments n’étaient pas de simples bateaux ; ils portaient des noms inspirés de pierres précieuses, tels que Perle, Émeraude, Rubis et Saphir, reflétant une certaine élégance et l’ambition associée au tourisme naissant. À bord, les passagers trouvaient des cabines, des espaces de restauration et des équipements de base qui, pour cette époque, représentaient une expérience de voyage étonnamment complète.

Les voyages n’étaient généralement pas de courtes excursions. Ils duraient plutôt de deux à quatre jours, permettant aux voyageurs d’explorer des grottes, des zones côtières et même des régions minières voisines. Ces premiers itinéraires contenaient déjà de nombreux éléments qui nous sont encore familiers aujourd’hui : des voyages de plusieurs jours, des nuits passées sur l’eau, et l’idée que la baie d’Halong devait être découverte progressivement plutôt que dans la précipitation.
Plus révélateur encore, les pêcheurs locaux participaient déjà au tourisme à cette époque, ramant sur de petites embarcations pour guider les visiteurs à travers les grottes et les passages étroits. Cela suggère que, dès le début, l’expérience de la baie d’Halong ne se limitait pas au paysage, mais reposait aussi sur l’interaction humaine et le savoir local.
Fin des années 1980 : une baie paisible avec seulement quelques bateaux d’État
Après ces premiers développements, la baie d’Halong a traversé une longue période durant laquelle le tourisme ne s’est pas considérablement développé. Les circonstances historiques ont fait que les déplacements sont restés limités et, à la fin des années 1980, la baie était encore loin de devenir la destination dynamique qu’elle allait ensuite incarner.
À cette époque, l’activité touristique se concentrait sur un petit nombre de navires exploités par l’État. Parmi les plus notables figuraient Hạ Long 01 et Hạ Long 02, exploités par la compagnie touristique de Quảng Ninh, ainsi que le navire Vượt Sóng, géré par le syndicat provincial des travailleurs. Ces bateaux représentaient l’infrastructure touristique officielle de la baie et, pendant un certain temps, ils constituaient le seul moyen pour les visiteurs d’accéder à la baie d’Halong de manière organisée.

Cependant, l’expérience qu’ils proposaient était fortement structurée. Les voyageurs devaient suivre des itinéraires fixes, se déplacer souvent en groupe et respecter des horaires prédéfinis. Il y avait peu de place pour la flexibilité, l’exploration ou la personnalisation. Bien que ces navires aient joué un rôle important dans le maintien de l’activité touristique pendant une période difficile, ils mettaient aussi en évidence les limites d’une approche centralisée.
À son point le plus bas, l’ensemble de la baie ne comptait qu’une poignée de bateaux touristiques en activité, un contraste saisissant avec les centaines que l’on y trouve aujourd’hui. Pourtant, durant cette période de développement limité, la baie d’Halong est restée en grande partie intacte, préservant l’environnement naturel qui allait plus tard devenir sa plus grande force.
Autour de 1990 : la question qui a changé le tourisme dans la baie d’Halong
Le début des années 1990 a marqué un tournant, non pas grâce à une planification à grande échelle, mais grâce à l’initiative individuelle. Alors que le Vietnam commençait à ouvrir son économie, de nouvelles opportunités ont émergé, accompagnées d’une manière différente de penser le tourisme.
L’un des développements les plus significatifs de cette période fut l’apparition d’opérateurs privés, avec comme point de départ de petits bateaux en bois construits de manière indépendante. Parmi les premiers exemples figurait le navire Hướng Triều 01, suivi par Hướng Triều 02, Hướng Triều 03 et d’autres unités qui ont formé ce qui est aujourd’hui reconnu comme la première flotte touristique privée de la baie d’Halong.

Ces bateaux n’ont pas été créés dans des conditions idéales. Ils ont été construits avec des ressources financières limitées, souvent grâce à des emprunts personnels et au savoir-faire artisanal local plutôt qu’à des procédés formels de construction navale. Pourtant, ils ont introduit une approche fondamentalement différente du tourisme. Au lieu d’horaires rigides, ils offraient de la flexibilité. Au lieu d’itinéraires standardisés, ils permettaient la personnalisation. Au lieu de considérer les passagers comme faisant partie d’un groupe, ils les traitaient comme des voyageurs individuels.
Ce changement peut sembler simple aujourd’hui, mais à l’époque, il représentait une rupture importante avec les modèles existants. Il a redéfini ce que signifiait visiter la baie d’Halong et a jeté les bases de l’expérience moderne de croisière.
Début des années 1990 : les premières jonques traditionnelles prennent la mer
À mesure que ces premières initiatives se révélaient fructueuses, davantage d’opérateurs privés ont commencé à entrer sur le marché. Parmi les premiers noms à émerger figuraient Bai Tho Junk, Hải Âu Junk et Hoàng Long, chacun contribuant à l’expansion progressive du tourisme dans la baie.

À ce stade, l’ampleur restait modeste. Le nombre total de bateaux touristiques tournait encore autour de 20, et le secteur était loin d’avoir atteint sa maturité. Cependant, l’essentiel n’était pas le nombre de navires, mais le changement d’état d’esprit. Ces opérateurs ont introduit un modèle qui mettait l’accent sur l’expérience plutôt que sur la structure, permettant aux voyageurs d’entrer en relation avec la baie de manière plus profonde.
L’utilisation de bateaux en bois inspirés de conceptions traditionnelles est devenue une caractéristique déterminante de cette période. Ces navires n’étaient pas seulement fonctionnels ; ils étaient aussi symboliques, représentant un lien avec le patrimoine maritime local et renforçant l’authenticité de l’expérience.
Bai Tho Junks et plus de 30 ans de continuité
Fondée en 1991, Bai Tho Junks fait partie de cette première génération d’opérateurs privés et demeure l’une des marques les plus anciennes de la baie d’Halong. Son histoire est étroitement liée au développement plus large du tourisme dans la région, reflétant à la fois les défis et les opportunités qui ont façonné le secteur au cours des trois dernières décennies.
Ce qui distingue Bai Tho Junks, c’est la constance de son approche. Alors que le marché a évolué et s’est diversifié, l’entreprise a maintenu son attachement aux navires traditionnels en bois et aux voyages centrés sur l’expérience. Plutôt que de se tourner entièrement vers des opérations à grande échelle, elle a continué à développer des itinéraires privilégiant l’atmosphère, l’authenticité et le lien avec l’environnement naturel.
Cette approche est particulièrement visible dans son attention portée à la baie de Bai Tu Long, une zone moins fréquentée qui offre une alternative plus calme et mieux préservée aux routes centrales de la baie d’Halong. En opérant dans cette zone, Bai Tho Junks continue de refléter l’esprit d’exploration originel qui caractérisait les débuts du tourisme dans la baie.

Des années 2000 à aujourd’hui : de quelques dizaines à des centaines de croisières
Aujourd’hui, la baie d’Halong est devenue l’une des destinations de voyage les plus reconnues d’Asie du Sud-Est, avec des centaines de navires naviguant sur ses eaux et une large gamme d’expériences proposées aux visiteurs internationaux. Le secteur a considérablement gagné en ampleur, soutenu par l’amélioration des infrastructures, la demande mondiale et des investissements continus.
Malgré cette croissance, l’héritage des périodes précédentes reste visible. La structure des itinéraires de plusieurs jours, l’importance de séjourner sur l’eau et la présence continue de jonques en bois trouvent toutes leur origine dans les premières étapes du développement touristique de la baie.
L’évolution du tourisme dans la baie d’Halong n’est donc pas un remplacement du passé, mais plutôt son prolongement. Chaque phase, de l’exploration coloniale à la gestion étatique, puis à l’innovation privée, a contribué à l’expérience qui existe aujourd’hui.

Une histoire qui continue sur l’eau
L’histoire des jonques dans la baie d’Halong n’est pas définie par un seul moment ni par un seul acteur. Elle est le résultat de multiples couches de développement, façonnées au fil du temps par différents groupes, chacun répondant aux conditions et aux opportunités de son époque.
Des premières flottes d’entreprises comme P. Roque, aux navires exploités par l’État tels que Hạ Long 01 et Vượt Sóng, aux bateaux privés pionniers comme Hướng Triều, et enfin aux opérateurs historiques tels que Bai Tho Junks avec le nouveau chapitre Aime’e Cruises, cette histoire reflète un processus continu d’adaptation et de réinvention.
Ce qui demeure constant, cependant, c’est le rôle central du bateau lui-même. Qu’il soit propulsé par la vapeur, un moteur ou la voile, le navire a toujours été le moyen par lequel la baie d’Halong se découvre.
Et tant que les voyageurs continueront à avancer lentement sur ces eaux, en prenant le temps d’observer, de réfléchir et de se relier au paysage, l’histoire des jonques dans la baie d’Halong continuera d’évoluer, portée non seulement par l’histoire, mais aussi par chaque voyage qui s’y déroule.

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